Notre société affronte des crises climatiques, écologiques, sociales et démocratiques. Répondre à ces défis suppose une transition vers un modèle durable, impliquant des transformations collectives et individuelles. Ce changement ne pourra pas reposer uniquement sur la technologie mais sur la capacité à agir ensemble, à partager des représentations et à imaginer un avenir commun.
La Mise en récits (MER), développée par la Fabrique des transitions à partir de l’expérience de Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais), propose une méthode pour accompagner ces transformations. Elle repose sur cinq dimensions : mettre en trajectoire, communiquer honnêtement, impliquer réellement, organiser et vivre la coopération, évaluer le changement.
Mettre en trajectoire consiste à relier l’histoire spécifique d’un territoire à un horizon désirable, en donnant une place visible à chaque acteur. Le récit collectif doit s’appuyer sur des étapes concrètes (développement des énergies renouvelables, alimentation durable, végétalisation…) et utiliser divers moyens d’expression pour impliquer tous les habitants.
Communiquer honnêtement permet d’embarquer largement en reliant passé, présent et futur. La communication doit être sincère, intégrer réussites comme difficultés, et éviter la propagande. Elle peut prendre des formes variées : témoignages, livres, films, podcasts, théâtre…
Impliquer réellement signifie que les habitants ne sont pas spectateurs mais co-acteurs des projets. L’exemple de Loos-en-Gohelle illustre cette logique avec le principe du 50/50 : la collectivité fournit les moyens, les habitants réalisent et entretiennent. Reconnaître aussi les critiques et inviter les opposants à proposer nourrit le récit collectif
Organiser et vivre la coopération suppose de réunir quatre familles d’acteurs : habitants et associations, élus, agents territoriaux, services de l’État. Cette coopération met en lumière les conflits mais permet de dépasser les consensus superficiels. Elle demande à chacun d’adopter une posture ouverte et de comprendre le point de vue des autres.
Évaluer le changement consiste à suivre l’évolution des projets pour les ajuster, enrichir ou légitimer les choix. Dans la MER, l’évaluation ne se limite pas à des indicateurs chiffrés : elle valorise aussi les changements qualitatifs, sensibles, qui peuvent être racontés, dessinés ou joués.
Ainsi, la mise en récits devient un levier puissant pour construire, collectivement, des transitions justes et durables.